La Lettre de Sursaut de mars 17 est parue... son édito

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  • Le 26/02/2017

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Qu'est-ce que se revendiquer de "gauche" ?

 

A l’approche de la dernière étape de la présidentielle, il serait urgent que les divers candidats se réclamant « de gauche » puissent nous aider à répondre à cette question qui alimente les débats politiques et envahit les espaces médiatiques. Cette revendication d’appartenance qui devrait constituer la valeur commune la plus sûre pour cimenter l’union de tous ceux qui s’en revendiquent semble au contraire les diviser de façon irrémédiable. Ils se révèlent incapables de nouer l’union qu’avaient réussie à réaliser en 1981 les différents partis d’alors autour de la candidature de François Mitterrand. Aujourd’hui, c’est en son nom que les candidats se divisent et nous prennent à parti dans un jeu stérile de savoir qui « lave plus à gauche que la gauche » pour paraphraser Coluche. Ils nous laissent ainsi l’amère impression que la valeur suprême dont ils se font les apôtres ne vient qu’au second plan derrière la réussite de leur croisade individuelle.

C’est pourtant cette union qui avait permis à la gauche de prendre le pouvoir à une droite qui avait régné sans partage sur la cinquième République. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer aujourd’hui, sa réalisation fut très loin d’être simple. Les circonstances historiques qui l’avaient entourée, les traditions et la force des partis en présence et le poids des personnalités de leurs leaders rendaient la chose plus qu’improbable aux yeux de tous. Il a fallu aux hommes de cette époque l’intelligence et le courage de dépasser les rancœurs accumulées dans les luttes sociales et politiques, les rivalités partisanes et militantes, et les ambitions individuelles au nom d’un bien commun républicain.

Aujourd’hui, les problèmes que rencontre la droite pour se réunir autour de leur candidat mis à mal par des comportements qui, même s’ils sont légaux, rendent sa crédibilité durablement invalidée sur le plan de l’éthique politique que l’on est en droit d’exiger d’un candidat à l’investiture suprême. La « gauche » a ainsi une opportunité inouïe : il serait gravement coupable de ne pas la saisir face à une extrême-droite qui, se nourrissant de la décomposition interne des Républicains et des jeux stériles politiciens, devient une menace réelle car crédible d’accès au pouvoir.

On assiste, malheureusement à gauche, à une perspective inverse : celle d’un fossé qui se creuse de plus en plus profond entre des personnes qui, pourtant, sont nées dans la même famille, le parti socialiste, qui leur a permis d’obtenir leurs divers mandats et (ou) postes ministériels et qui se réclament des mêmes « ancêtres », Mitterrand ou Rocard. Leur seul point commun semble résider dans une critique commune de l’action d’un quinquennat qu’ils ont contribué, eux-mêmes pour une large part, à rendre illisible et impuissante.

A ce jeu-là, nous ne saurons probablement plus demain ce que pourrait être la « gauche ». Par contre nous avons de fortes chances que la droite, la « vraie » nous renseigne clairement sur ce qu’elle est. Il sera alors trop tard pour pleurer et s’abriter derrière une responsabilité qui viendrait des autres.

 

Dernières infos : alors que nous bouclions ce numéro, de nouvelles actualités sont arrivées. D’abord des dynamiques d’alliance voient le jour comme si la prise de conscience de la nécessité de l’union préférée aux ambitions individuelles portait enfin ses fruits. Yannick Jadot s’est rallié à Benoit Hamon et un rendez-vous est fixé avec Jean Luc Mélenchon pour le début du mois de mars. François Bayrou, de son côté, a rejoint Emmanuel Macron, ainsi que François de Rugy. Le premier engagement de leur alliance porte sur les règles de moralisation de la vie publique. Réjouissons-nous que la gouvernance politique soit la priorité de leur programme politique.

Du côté de la droite, l’immoralité assumée continue sa route. François Fillon fait fi désormais de son engament à se retirer en cas de mise en examen : il récuse toute dépendance à la justice en revendiquant de ne se sentir « responsable que devant les français ». Marine le Pen, de son côté, refuse de se rendre à la convocation de la police judiciaire de Nanterre au prétexte que la campagne présidentielle ne devait pas être « perturbée par la justice » : elle n’y voyait aucun inconvénient, bien au contraire, lorsque cela concernait le candidat républicain. Comment prétendre accéder à la fonction suprême de chef d’Etat, c’est à dire de garant des institutions, lorsque l’on bafoue ainsi l’un des fondements de la République, c’est-à-dire la Justice, en lui dictant ses lois et en lui imposant ses calendriers. Elle prétexte également de son immunité parlementaire : preuve est que la candidate « antisystème » sait utiliser le système quand ça l’arrange.

 

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